Proxémie

Approche des processus relationnels à partir de l’analyse des distances entre les individus. Les distances entre les personnes constituent une dimension du dispositif communicationnel qui affecte les relations interindividuelles.  Les distances peuvent être symptomatiques des relations, mais elles peuvent aussi être un facteur de régulation des relations.

Un concept forgé par E.T Hall

Ce terme été principalement développé par Edward T. Hall qu’il adapte à des situations de communication une approche etho et ethno-méthodologique. En reprenant différent travaux d’éthologie, Edward T. Hall rapporte que dans les relations entre les animaux, il semble y avoir autour de chaque individu, des distances invisibles stables délimitant des zones, des espaces où se modifient le comportement de l’individu par rapport à la proximité de d’autres individus selon les liens existants avec ceux-ci. La rupture de ces espaces par la proximité de d’autres individus peut alors générer des comportements de stress conduisant à des situations de violence contre l’autre, contre soi, contre le groupe. Mais cette même présence d’individus proches peut aussi témoigner d’un comportement affectif ou de séduction.

Une origine éthologique : la proxémie dans le monde animal

Chez les animaux, Edward T. Hall distingue ainsi une distance de fuite et une distance critique. Ces distances varient entre les espèces et dans les rapports entre espèces. De plus entre en jeu le fonctionnement social des espèces (il distingue les espèces de contact des espèces de non- contact).

L’individu perd le contact avec son groupe et se trouve en situation d’anxiété, de détresse psychologique.

Tableau récapitulatif des distances proxémiques chez les animaux
La distance de fuite L’animal fuit lorsqu’un individu s’approche.
La distance critique Bulle dans laquelle l’animal est acculé et où il est à portée de son éventuel agresseur. N’ayant plus le choix, plutôt que de fuir il attaque à son tour pour tenter le tout pour le tout.
La distance personnelle Les individus se côtoient sans changement d’attitude tant qu’aucun des deux n’empiète l’espace de l’autre.
La distance sociale L’individu perd le contact avec son groupe et se trouve en situation d’anxiété, de détresse psychologique.

Ces distances sont variables, par exemple en situation de surpopulation, on note une légère diminution de ces distances mais en contre partie augmente des comportement de stress (montée de l’agressivité jusqu’à une auto-régulation hormonale pour limiter les naissances et apparitions de comportement suicidaires –constat fait au sein de population de rat en laboratoire et de cervidés en liberté).

La proxémie culturalisée chez les humains

Le pas que franchit Edward T HALL, c’est d’adapter cette dimension cachée aux comportements de communication humains. Il établit une territorialité des comportements autour de l’individu (une territorialité privée) et une territorialité du groupe (territorialité publique).

Les bulles qui entourent les personnes sont le produit principalement de deux facteurs : les capacités perceptives et la dimension psyscho-socio-culturelle de l’individu. Nous reviendrons plus loin sur ces variations, mais elle permettent de définir des distances épistémiques que l’on retrouve dans les groupes et pour tous les individus. Les variations peuvent être très grandes, mais leur organisation globale reste la même. Les bulles s’enroulent dans le même ordre autour de l’individu. L’absence d’une bulle ou sa quasi inexistence est souvent une marque de pathologie de l’intégrité psychique ou corporelle de l’individu. Elle peut aussi être la marque d’une violation de l’individu par un social répressif ou agressif (c’est par exemple le cas dans la plus part des situations d’internement et des situations étouffantes au propre comme au figuré).

Les bulles de l’homme sont au nombre de quatre, nous les résumons et les présentons en nous éloignant du corps de l’individu.

Distance Situation Perceptions
Intime(proche : contact, 0 cm) Distance réservée au contact intime avec son partenaire amoureux et ses enfants. Toute autre présence constitue une agression de l’intégralité individuelle. Même pour les personnes habilitées, cette zone n’est pas vraiment pratiquée dans les espaces publics
  • Corps à corps : acte sexuel, acte affectif intime (calin, baiser…), bagarre.
  • Vision parcellaire et déformée.
  • Perception olfactive, thermique et musculaire de l’autre.
  • Possibilité de toucher toutes les parties du corps.


 

(éloignée : 15-45 cm) Intimité, relations familiales (entre enfants et parents) et amoureuses. En dehors de ces cas, cette sphère n’est pas pénétrée dans un espace social public sans stress ou gène. Distance du secret.
  • Visualisation déformée du visage (à cette distance on louche).
  • Le contact haptique (toucher de la main) est limité par la longueur des membres.
  • Perte du contact thermique
  • Maintien des contacts olfactifs
Personnelle (Proche : 45 à 75 cm) Zone limites de non contact physique direct. Elle marque l’affectivité et la proximité quotidienne des individus dans leur vie publique.
  • Contact marquant l’intimité et l’affectivité des personnes en public.
  • Distance de la confidence.
  • Limites des contacts kinesthésiques par extension des membres.
  • Vision visuelle à sa netteté maximum permettant de distinguer détails et texture du visage.
(Lointaine : 75-125 cm) Distance des discussions personnelles entre amis. Quelqu’un hors champ peu entendre mais en faisant un effort
  • Au-delà du toucher bras tendu d’un seul individu jusqu’au toucher bras tendu entre deux individu.
  • L’ouïe ne perçoit plus les chuchotement mais les voix modérée.
  • Le champ de vision ouvert avec plus ou moins de netteté sur tout un corps assis.
Sociale (Proche : 1,25-2,10 m) Relations interpersonnelles directes. Au delà de tout contact physique directe, jusqu’au limite de portée de la voix sans effort.Relations interpersonnelles être personnes se connaissant et se côtoyant sur un projet commun (Travail, réunion informelle…)
  • Vision de pratiquement tout le corps.
  • La voix porte et est entendue sans effort.
  • Il n’y a plus de contact physique direct.
(Lointaine : 2,10-3,60 m) Relations interpersonnelles formalisées (entretiens…). Les positions sont définit par une culture des règles sociales (Rapports hiérarchiques…). Le contact visuel maintient la permanence du contact.
Publique (Proche : 3,60-7,50 m) La prise de parole est hiérarchisé. Les intervenants ont un statut d’orateur face à un public.Le sujet a la possibilité de fuir. Mise en place d’un discours oratoire avec effet de voix et choix syntaxiques.
  • La voix doit commencer à être soutenue.
  • Perte de la précision des contacts visuels. C’est la posture qui commence à témoigner du lien
  • Perte de l’impression de profondeur
(Lointaine : Au delà de 7,50m) Distance oratoire. Position entre un orateur et une audience, un public. Forte implication des prises de parole dans un dispositif fortement hiérarchisée (meeting, distance avec les grandes personnalités)
  • La vision fond le détail dans un décor aplani.
  • Le corps et la voix ne sont perçu par l’auditoire par exagérations des intonations et des gestes.
  • Théâtralité des postures et de l’élocution.

Les distances chez l’homme d’après le chapitre du même nom in  » La dimension cachée  » (Edward T HALL)

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