Tables rondes éducation et libre à OWF2011, feedback

Open World Forum 2011

Open World Forum 2011

Petit séjour stimulant à l’Open World Forum la semaine dernière.
Arrivé légèrement en avance à la table ronde précédent celle où j’étais invité, j’ai eu ainsi le loisir d’écouter et contribuer à quelques discussions intéressantes sur la place du libre et de l’informatique au lycée.
Les deux tables étaient co-animées par Jean-Pierre Archambault en présence de Jean-Claude Guédon.

L’enseignement de l’informatique au lycée

Cette première table présentait l’état des pratiques logicielles dans les lycées et surtout l’arrivée d’une nouvelle spécialité « informatique » au bac S.

  • Les décrets paraîtront en octobre prochain
  • Un manuel en creative commons (restrictives: cc-by-sa-nc) est d’ores et déjà disponible à la vente…
  • Le programme s’articulera autour de grands thèmes allant de la représentation de l’information aux bases de données relationnelles en passant par la programmation, l’algorithmique, les architectures réseaux…)

Il y a des commentaires et des commentaires de commentaires sur cet ouvrage sur le framablog. L’idée que je retiens des échanges est celui d’une part de la formation des enseignants (faible) et d’une place qui reste rikiki dans les lycées et réservée à des terminales S.

Autour de la programmation la question s’est posée à deux niveaux:

  • l’intérêt d’enseigner la programmation : dans le cas de la spécialité, ça ne pose aucun soucis, c’est cohérent. La penser dans un enseignement généralisé semble plus délicat au travers des motivations utilitaristes pour se servir d’un ordi (alors que peu se posent la question de l’enseignement de la géométrie euclidienne pour faire ses courses à crédit, la maîtrise du génitif saxon pour écouter lady gaga, la lecture de Racine pour remplir sa feuille d’impôt… alors qu’à minima c’est à chaque fois une stimulation de nos compétences et stratégies cognitives) et pour ma part en arrière plan il y a le souvenir du plan « informatique pour tous » des années 80 qui a sombré avec l’émergence d’une informatique clé en main… où plutôt menottes aux poignets.
  • Le choix des langages et le décalage constaté entre l’informatique enseignée et l’informatique pratiquée. Problème qui révèle d’une part la difficulté d’anticiper les besoins du marché et former les formateurs suffisamment malléables pour qu’ils refassent leur prépas de cours au gré des jargons versatiles. Ressort aussi une attente de disponibilité immédiate des entreprises à leur cas particulier et leur difficulté à élaborer collectivement une demande commune en se réservant une mise à jour finalisante après l’embauche.

L’informatique ne s’impose donc toujours pas parmi les savoirs fondamentaux d’une classe d’âge qui baigne en permanence dans les pratiques numériques. Mais des pratiques numériques où la technique relève probablement plus du magique que du scientifique [note de l’auteur : penser à relire et replacer l’article d’Umberto Eco « Science, technologie et magie » (in  A reculons comme l’écrevisse)]. Car suite à une remarque sur les « Digital Natives » recevant un enseignement de « Digital migrants », et que les premiers étaient frustrés par le manque de curiosité des seconds, la réaction de la table et de plusieurs personnes dans la salle a été de limiter cette assertion inter-générationelle . Le constat étant que l’usage massif d’appareils numériques ne voulait pas dire qu’on savait comment ils fonctionnaient et que « appliquer pas à pas un hack trouver sur internet pour jailbreaker un i-phone n’était pas un exploit de programmeur » (dans l’esprit de la réponse de Roberto Di Cosmo). On pourrait probablement même constater qu’il y a pour certains un « arrivisme numérique » remplit de certitude mais à l’usage révélant un savoir lacunaire et de l’autre des tabous de l’incompétence. « Avouer son incompétence numérique à l’adolescence peut s’avérer aussi honteux et disqualifiant au sein du groupe que ne pas avoir de petit copain ou petite copine » (j’ai dû dire un truc dans ce genre… à l’occasion je préciserai cette affaire).

Seconde table ronde : Le libre dans l’éducation (et surtout le projet Sankoré)

C’est dans le cadre de cette table ronde que j’intervenais, notamment en compagnie de François Bocquet.

Si pour ma part j’ai parlé des conditions de la naissance de la licence CoLibre et son impact sur l’informatique du département, il me semble intéressant de revenir sur le projet Sankoré (sankore.org) que présentait François.

Sankoré : du nom de la grande université malienne qui compta jusqu’à 20000 étudiants au moyen age quand les universités européennes en comptaient quelques petites centaines.

Objectifs : équiper environ 6000 enseignants du primaire en Afrique (principalement) avec un TBI (tableau blanc interactif) pour leur faciliter la vie.

Rappels de la situation :

  • Des classes dont le nombre d’élèves au quotidien varie entre 60 et 2×120 selon les situations
  • ce qui implique une tableau parfois de 10 mètres de large que le maître prépare le matin avec les exercices et leçons des différents niveaux. Donc un temps de prépa phénoménal.

État du projet :

Des machines commencent à être assemblées et à partir pendant que François entame des périples de formation de formateurs. Les dispositifs (un ordi, un vidéo projecteur, un système pour interagir avec un « stylet » et des dizaines de Go de ressources pédagogiques) coûte environ 1000 euros et ils espèrent arriver à 500… quand je pense aux 20 000 euros pour quelques salles équipées dans ma fac … et utiliser par (…). Comment est-ce possible? Grâce à du logiciel libre, de l’operating system au logiciel de gestion du TBI (repris et redéveloppé par le projet), il est possible d’avoir des systèmes opérationnels.

Pour les ressources pédagogiques : il faut penser qu’internet n’arrive pas en brousse et que la connexion est donc aléatoire. Un ensemble de ressource est ainsi téléchargé dont des versions d’encyclopédies libres, des cartes, des photos… Les joies du offline pour prendre le temps de s’approprier ses ressources (je n’ironise pas). Mais des diffcultés, par exemple pour trouver des clips art « locaux ». Openclipart est riche mais pas en vectorisation d’objets, animaux, scènes de la vie quotidienne en Afrique ou en Haiti. Le projet a donc initié un centre de ressource et commanditer des cliparts sous licences libres (pour reverser à l’avenir dans openclipart).

On voit donc que c’est un projet multi-facettes où le libre est l’élément essentiel à sa mise en œuvre.

Pour synthétiser mon intervention, l’histoire de colibre est une anecdote qui part d’un projet « pédagogique éthique » (enseigner des concepts et non des techniques pour un produit commercial) qui s’avérait aujourd’hui être une solution généralisable pour des décideurs qui en voyait l’attrait économique et pratique (ne pas gérer un stock de licence).

Au travers de la synthèse de Jean-claude Guédon de l’Université de Montréal qui rapprochait les deux projets, il ressortait que si pour les décideurs le libre a des atouts économiques, le choix du libre est d’abord un choix de pédagogie. Un choix éthique au service du partage des connaissances. Un choix qui s’affirme et s’affiche.

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