Critique pertinente de la licence globale par L.Chemla

Dans une interview réalisée par Jérémie Nestel et dont certains extraits sont repris sur PC Impact, Laurent Chemla explique ses réserves sur les projets de licence globale.

Ses réponses me semblent tout aussi pertinentes que réalistes.

Pour résumer : la licence globale est une mauvaise réponse des détracteurs d’Hadopi, elle instaure au final un modèle de financement de la culture aux services des professionnels actuels en instaurant des règles de redistributions qui créent d’autres formes d’arbitraire sur la reconnaissance de la création et qui ne financent, ou plutôt ne soutiennent pas la création artistique en dehors des circuits actuels de la culture industrialisée et de la culture subventionnée.

Bien sûr, je suis totalement d’accord avec les positions de Laurent Chemla et en particulier sur le fait qu’une telle licence continue de disqualifier la liberté d’expression de celles et ceux qui ne font pas de la culture une finalité professionnalisante.

La licence globale, dès lors quelle s’accompagne d’une sélection « culturelle »(forcément subjective) des ayants droits à la rémunération, est une forme de censure. Et s’il n’y a pas de sélection on tombe dans des rémunérations surréalistes :

  • Rocco Siffredi génère plus de trafic que Rocco et ses frère, doit-il avoir une rémunération proportionnelle à son « taux de pénétration » dans l’ensemble des foyers?
  • Si avec mes camarades nous nous transférons plusieurs fois par jour à très haut débit des film qui durent 571 heures (vu sur Youtbe 🙁), doit-on être rémunérés sur le volume de notre production, le nombre d’épisodes…

Cela n’inclut pas bien sûr d’autres réflexions que nous pourrions avoir sur l’impérieuse nécessité de financer les créateurs (j’ai pas dit que j’étais contre, mais j’ai pas dit que j’étais pour pour tous, tout le temps). Et je n’évoque même pas la question des ayants droits : en quoi l’héritage des droits d’auteurs par les n’enfants d’une génie encourage la créativité (autre que celle des créateurs avant tout capitalistes qui pense la création comme un métier parmi d’autres).  Laurent Chemla repose notamment le cœur de la problématique pour une minorité dominante : faire assimiler le droit d’auteur, la propriété intellectuelle à la propriété individuelle.

Il faut s’y faire la licence globale est une réponse pseudo pragmatique à un positionnement idéologique sur des conciliations possibles entre culture, liberté d’expression et professionnalisme.

D »ailleurs Laurent Chemla pointe un autre travers de la licence globale : la contrainte du public à se désengager de ce qui l’intéresse et son support contraint à ce qui le contrarie.

L’approche de Chemla est alors plutôt celle de la revalorisation et de la diversification des formes et modalités de mécénat (aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif et socio-économique). Cette position, même si elle peut inquiéter les économistes de la culture (ce qui reste à démontrer), est probablement la plus respectueuse du triangle culture, liberté d’expression professionnalisme.

 

 

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