Exploitation d’image des enfants : Hadopi surfe sur l’ambiguïté sémiotique

Campagne de presse 2011 HADOPI

Campagne de presse 2011 HADOPI

Vous aurez peut-être déjà vu passer le buzz média-numériques de cette fin de semaine : La campagne de communication d’Hadopi.

Mon propos ce soir ne sera pas de revenir sur l’aspect liberticide de cette instance dénoncé par l’Onu, les aberrations technologiques qui rendent ses actions ridicules, inefficaces, inutiles et illégales. Ce qui me préoccupe ce soir ce sont les valeurs symboliques véhiculées par cette campagne au travers des choix sémiologiques, on le suppose, parfaitement conscients des créatifs qui ont réalisés la campagne et des commanditaires qui l’ont validé.

Lâchons les mots sans détournements avant de venir à une analyse détaillée : la campagne « PUR » (le nom du lable hadopi : Promotion des Usages Responsables) utilise des connotations pédophiles douteuses pour véhiculer son message.

L’ambiguïté se situe sur l’interprétation mais en partant des apports de Roland Barthes tels que les pratiques les publicitaires de base, on va travailler sur la dénotation (ce que tout le monde voit consensuellement) et la connotation (ce qui relève d’une interprétation arbitraire ancrée dans la culture et l’idéologie).

Ce qu’on voit sur les affiches :
Des enfants tristes dans la rue qui attendent seuls.
Quelles connotations:

  • Nathan Molina : genre petit dur qui va réaliser « Tue moi à gage »= Sans nous il l’aurait fait pour de vrai, une allure de psychopathe qui nous rappelle que la violence ça craint, sauf si ça fait du chiffre à l’audimat.
  • Le groupe Buddy Plugs qui composera « Parpaing Noir » = Association de la maçonnerie et de la négritude, mais aussi le nom du groupe qui, si l’on revient à la définition du plug comme sex toys, laisse amèrement songeur. La typographie « punk/noir désir » (par pain dans ta face…) dans  du titre fait là encore l’alliance de la violence et de l’absence de futur.
  • Maxime Durand (lire Max Du Rang) interprête de « Je splouche tu primf! »= le petit blanc déconneur qui nous rassure en pensant que les fils à papa pourront toujours sortir des niaiseries de 2024. Le schtroumfisme lexical permet de laisser supposer un n’importe quoi que seul la vidéo pourrait commencer à dissiper. Mais si on enlève les lettres insensants les termes on trouveras peut-être des combinaisons avec « louche » ou « pluche » et « pri » ou « ri ». Remarque sur l’anticipation de la langue : on ne conjugue plus à la seconde personne (pas de terminaison sur tu primf) ce qui indique qu’on a perdu l’habitude de s’adresse à l’autre directement.
  • La petit Julie Clouzel qui aura un prix littéraire en 2034 :Outre que la littérature reste l’apanage des Français de souche, la date indique qu’il faudra tout de même dix ans de plus pour que l’hadopi ait un effet « positif » sur la littérature. Peut-être est-ce une lueur d’espoir pour la littérature : résister dix ans de plus que le toys band de banlieue. Mais Julie a surtout le prénom parfait de la petite fille qui disparaît au fond du jardin.
  • Emma Leprince : conte de fée pour la franco-slovène. Une presque jeune fille de l’est en mode lolita sur un trottoir adossée à un arbre… Que penser du lacanisme primaire « Aima Le Prince »? Surtout Julie féminise la création des années futures : avec hadopi  seuls 75% des artistes PUR auront été des petits garçons.
  • Kelian Gomez, ben lui comme il a la double nationalité, il n’a pas pu aller dans un centre de formation de footballeurs « PUR » mais il travaille pour la télé (merci les quotas) et il a une bonne bouille en écho à Maxime Durand (toutefois il reste placé sous Max)…

Voilà pour quelques jeux sur des connotations qui personnellement renvoient un goût amer sur cette campagne qui va nous coûter (ce sont nos impôts) la bagatelle de 3 millions d’euros.

Cette campagne laisse donc supposer que si on n’adhère pas à hadopi, ces enfants ne réussiront pas à percer, ils resteront où ils sont.
Personnellement quand j’entends ou vois les extraits de ce qu’ils vont pondre… je ne crois pas que je vais culpabiliser s’ils restent inconnus.

Maintenant revenons sur le choix du « label PUR » (qu’on doit pouvoir lire pour Julie « La belle pure »): Il engage la culture vers des concepts de propreté, de nettoyage, d’innocence, d’enfance…

Indéniablement cette campagne publicitaire continue une fois de plus à culpabiliser les spectateurs, les lecteurs, les auditeurs en empruntant des symboliques nauséabondes et stigmatisant les usagers. En diminuant de 5% les 30% de péage qu’Itunes récupère sur chaque vente (plus 1 milliard de titres en 2007), il y aurait probablement une bien plus jolie mane d’aide à la création.

Rappelons quand même une réalité PURE et DURE : la taxe « copie privée » sur les supports vierges redistribuée aux auteurs et interprètes au nom de la POTENTIALITÉ d’utiliser ces espaces pour y stocker des œuvres téléchargées illégalement  rapportent 184 millions aux sociétés d’auteurs et d’éditeurs français . en d’autres termes ceci signifie que vos photos de vacances sur vos cartes SD, vos feuilles de calculs sur vos ordinateurs, vos sms sur vos smartphones, la musique achetée légalement et conservées sur votre lecteur mp3, les collections numériques des pédophiles contribuent pour de vrai aux salaires des nantis de la « culture » (grâce à un régime de répartition par sondage qui privilégie les plus diffusés par les médias dominants). Johnny par exemple pourrait payer une partie de ses impôts en France grâce à tous ces gigaoctets taxés pour lui .

Je m’arrêterai là mais avant de partir, je vous recommande quelques autres pages en lien avec cette actualité:

Slobodan, maître chanteur

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Détournement numérama

Morgane actrice de "Scènes de ménage au Sofitel"

 

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8 réponses à Exploitation d’image des enfants : Hadopi surfe sur l’ambiguïté sémiotique

  1. Spyou dit :

    C’est bluetouff, pas Bluetooth.

    Et il conviendrait accessoirement de citer aussi http://pourquoijepirate.fr et tout un tas d’autres initiatives … parfois plus réfléchies 🙂

    • vincent.mabillot dit :

      Et bien tu as trouvé une bonne solution de remédier à mon oubli et m’inciter à faire la correction de service. Merci

  2. Ping : Grokuik » Semaine #23

  3. Dall0o dit :

    Je rejoinds Spyou pour citer : http://pourquoijepirate.fr par ManuDwarf
    bonne continuation =)

  4. Nesego dit :

    J’ai beau être totalement contre Hadopi, cette analyse sémiologique ne me plaît pas beaucoup. Il ne suffit pas de citer Roland Barthes pour avoir l’air d’un professionnel de la com médiatique.
    Je suis désolé de te dire Vincent, que ce texte est totalement subjectif, et ne fait appel à rien de plus tangible que l’interprétation que toi tu attribues à tout ceci. Prouve-moi le lien entre « Emma Leprince » et « Aima le prince » ; la véritable signification de l’absence de conjugaison de « tu primf » ? Sachant qu’en passant, tu fais à peu près autant de fautes de conjugaison et d’orthographe, ce qui n’est rien de plus qu’un néologisme (douteux, certes) te discrédite plus qu’autre chose.
    Bref, je salue tout de même l’initiative, mais ton papier, s’il impressionnera l’utilisateur lambda grâce à quelques références et mots compliqués de l’univers de la com, ça laissera de marbre des gens instruits de ces mêmes méthodes, et te desservira plus qu’autre chose.

    Sur ce, bonne continuation, je suivrai ton blog avec attention !

    • vincent.mabillot dit :

      J’en conviens la citation de Roland Barthes ne suffit pas à scientifiser le propos. D’autant que je ne revendique pas d’être sémiologue ou sémioticien. Si tel était le cas je serais par ailleurs plutôt du côté de Peirce et de Eco (et donc de l’interpretant) que du côté plus binaire de la famille Saussure et Barthes parmi ses descendants. Références classiques et probablement vulgarisées comme pourraient me le retourner les maîtres de l’art. Toutefois, il me semble avoir pris mes distances avec une critique de l’objectivité de l’interprétation en revenant plutôt sur un usage assez classique des « théories » des signes et symboles dans l’univers publicitaire qui lui adorent les recettes métaphoriques. Beigbeider m’irrite, mais dans 99 francs, il rend assez bien compte des procédés créatifs et leur légitimation.
      Pour revenir sur tes remarques:
      – Emma Leprince= Aima Le Prince. Il s’agit d’un nom d’artiste qui fait donc l’objet d’une recherche de sonorité et de signification : ce n’est pas un nom de famille dont on hérite au hasard de notre naissance, mais un nom choisi pour ce qu’il peut suggérer de rapport analogique, métaphorique et symbolique avec la personne qui le porte et ce qu’elle est censée incarner. Pourrait-on dire que ce n’est pas très objectif de dire que choisir Johnny, pour un chanteur, comme prénom pour remplacer Jean-Philippe c’est pour faire américain et que si on est chanteur c’est plus crédible de sonner américain que belge lorsqu’on veut faire chanteur de rock au début des années 60?
      – La disqualification de ce que j’écris par les fautes d’orthographe qui disqualifieraient les fautes intentionnelles que je dénonce? Oui mon orthographe est pitoyable et je n’en suis pas fier. Si j’ai l’opportunité, je me fais relire, n’est crainte. D’autres ont eu la délicatesse de me le faire remarquer et j’ai fait les corrections indiquées. Je doute que dans le cas de l’affiche la remarque serait suivie du moindre effet. Mes fautes sont des maladresses involontaires et une mauvaise capacité de relecture sur laquelle je veux bien discuter. Dans le cas de l’affiche, le choix de faire des énormités orthographiques est là encore volontaire, l’intentionnalité a été discutée et validée collectivement par l’ensemble des personnes qui ont préparé la campagne de communication.
      – de plus disqualifier le fond du propos sur la qualité de la forme est un procédé dangereux. La critique de la forme est acceptable lorsqu’elle dénonce la production d’ambiguïté sur le fond. Sinon c’est la porte ouverte à interdire le droit d’expression à ceux qui n’en maîtrisent pas les codes.

      J’entends tout à fait que ma réflexion soit critiquable et l’interprétation subjective. Ma volonté était avant tout de sensibiliser à la façon dont était construit ce discours et pourquoi on pouvait y être insensible voire choqué.

      Sur le fond je dirai que ce que j’aime dans cette campagne, c’est qu’elle nous donne toutes les bonnes raisons de pas souhaiter la réussite d’hadopi si c’est pour défendre la « culture » qu’elle nous promet de sauvegarder pour les années 2020.
      Je te remercie de m’avoir permis d’apporter quelques précisions sur les limites, les perspectives et le cadre de ce billet.

      • Nesego dit :

        « de plus disqualifier le fond du propos sur la qualité de la forme est un procédé dangereux. » Je te le concède, ce n’était pas très fairplay ! D’autant qu’à la relecture, j’ai pu constater que, moi aussi j’en avais faites des fautes !
        Belle réponse en tout cas, tes arguments sont pertinents !
        A part ça, je publie ce soir ma propre interprétation de la campagne sur mon blog, je t’invite à venir la lire quand le cœur t’en diras !

  5. Lucienne Nutellas dit :

    Les gens du spectacle attaquent ces évènements sur la copie pirate : http://www.dailymotion.com/video/xox1zi_les-rois-de-la-suede-ta-liberte-de-voler_parniak Chouette, non ?

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